ICE CHRONICLES – Chapitre 2

ICE CHRONICLES

Chapitre 2

 

— Comment ça « aucun dossier » ?

— On ne m’a encore rien envoyé, répond mon père en engloutissant une fourchette de spaghetti d’une main. (Il pianote sur l’écran de son ordinateur de l’autre.) Mais l’essentiel était dans la note qui accompagnait le mail, non ?

Ouais, je suppose… Mais j’aurais voulu savoir dans quelle université Snow avait été formée. Où elle s’était engagée, et pourquoi.

Van Allen, tu ne connaîtras pas la taille de ses seins dans ce document, ou même le nombre de types qu’elle s’est envoyée avant…

Avant rien du tout ! Mais j’aurais su également si elle était mariée, ou fiancée – ou une autre merde de ce genre – et ça m’aurait calmé.

— C’est parce qu’elle est aussi pénible que Nielsen l’a écrit ? demande mon père en daignant relever la tête.

Bonne question…

— Non.

Il n’a pas besoin de savoir qu’elle est pire que ça à mes yeux ; qu’elle est canon, et qu’elle va nourrir mes fantasmes les plus salaces sous la douche. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai laissé le Percival appareiller sans la renvoyer à bon port. C’est vil, c’est bas, c’est terriblement humain.

— Elle s’entendra bien avec Rios, je reprends en réfléchissant. Et elle connaît son boulot. C’est tout ce qu’on lui demande, non ?

— C’est parfait, approuve mon père.

Non, parce qu’elle est bien plus intéressante que prévu. Je l’intrigue, je l’agace, mais elle m’agace et m’intrigue davantage.

Je m’apprête à prendre le large, laissant mon père déjeuner en tête à tête avec l’écran de son ordinateur et les nombreux dossiers qu’il ne parvient plus à traiter sans aide. Une chose est certaine : il n’aura pas la mienne, aujourd’hui.

— Vous avez un point commun tout compte fait, lance-t-il quand j’ouvre la porte de la cabine qui abrite son bureau sur le pont deux.

Je me retourne, curieux de l’entendre.

— Vous ne supportez pas de travailler avec des femmes, explique mon père, l’air moqueur.

Sans déconner, il se fout de moi ?

— Cela vaut mieux que d’en fréquenter des tas sans jamais parvenir à en garder une seule, je crache en arborant un sourire angélique.

Il a voulu la guerre ? Me voilà !

Le commandant me dévisage, navré.

— Tu es certain de vouloir nous entraîner sur ce chemin, Andreas ?

Ou comment faire en sorte que je devienne plus minable que minable… Ma vie sentimentale est encore plus pathétique que la sienne et il n’a pas manqué de l’évoquer quelques heures auparavant, ici même.1

— Non, on arrête les frais pour aujourd’hui, je grogne en reculant.

Deux confrontations en une demi-journée ; nous sommes en passe d’exploser notre record qui s’élève à trois rixes, en trois heures – si ma mémoire est bonne.

— C’est bien ce que je pensais… réplique-t-il en ricanant. Surtout du sang-froid, capitaine. Et de la maîtrise…

Il est temps que je change de bâtiment. Il est temps que mon père oublie ma mère et trouve une femme capable de lui tenir tête.

Tandis que je ferme la porte de son bureau, je l’entends frapper frénétiquement sur les touches de son clavier.

Il est temps aussi que j’aille fumer une cigarette.

*

Pont quatre, couloir huit.

Une bourrasque de vent me cingle le visage quand j’ouvre la porte qui permet d’accéder à la passerelle.

Je m’arrête net en découvrant l’identité de celle qui se trouve déjà là.

Le sort s’acharne. On m’en veut tout là haut. Ou on m’en veut tout en bas, je n’en sais rien. Snow carbure au même vice que moi ! Je l’aurais su si j’avais pu consulter cette merde de dossier.

— Lieutenant Snow ?

Ça, c’est l’entrée en matière la plus diplomate qui soit.

Elle ne se retourne pas tout de suite :  elle est maline… Et quand elle pivote enfin, ses yeux de biche me foudroient.

Badaboum.

Ça ne m’empêche pas de continuer sur un ton dégoulinant de sarcasme :

— Il me semble que vous êtes toujours sous mes ordres.

Je vois poindre ses griffes au bout des doigts qu’elle crispe sur le bastingage. Elle inspire lentement.

— Je déjeunais !

— Mais sous mes ordres, j’insiste lourdement. Notre mode d’organisation diffère un peu de ce que vous avez connu à terre. Tant que je ne vous ai pas explicitement renvoyée dans votre cabine, vous ne devez en aucun cas fumer, boire ou vous adonner à je ne sais quelle autre activité sur le navire.

Elle fronce les sourcils. Elle a raison : je parle de quelle activité, bon sang ?

Peu importe, elle va riposter, sauf que je relâche soudain ma prise :

— Je plaisante, Snow !

C’est moi qui déclenche le compte à rebours de la bombe, c’est moi qui la désamorce au dernier moment.

Ses lèvres bougent mais aucun son n’en sort. Je me demande de quoi elle a envie de me traiter, cette fois.

Je sors mon briquet et allume la cigarette que j’ai glissée entre mes lèvres. Mais surtout, j’envahis une fois de plus son espace personnel : accoudé à la rampe qui nous empêche de sombrer dans les eaux grises de l’océan, je l’observe fumer en faisant mine de m’ignorer. Elle est cernée, une fois de plus.

— Vous vous êtes engagée il y a longtemps, Snow ?

Je l’aurais su si on m’avait envoyé ce putain de dossier…

Elle regarde droit devant elle, impénétrable.

— Quatre ans. Et vous ?

Et moi ?

— Une dizaine d’années. Bien trop longtemps…

Des années-lumière. Je me revois entrer dans le bureau de recrutement, après cet été harassant à Hawaï. Je me souviens de la douleur dans mes tempes, la nuit. Des vertiges pour avoir volé et voltigé trop longtemps au lieu de picoler.

Snow me regarde, étonnée.

— Vous avez su vous faire une place dans notre belle institution, je reprends comme le roi des enfoirés. Bravo !

— On m’a fait confiance, et je suis là, capitaine, peste-t-elle avant de tirer sur sa cigarette.

— Et avec un sens de la repartie comme le vôtre, ça ne doit pas être facile tous les jours.

L’empereur des enfoirés, Van Allen.

Comme si je n’en avais pas fait assez, j’ajoute :

— J’espère que notre collaboration sera fructueuse, Lex.

Elle relève soudain la tête.

— C’est Alexi !

Non, Lex. On fera selon ma loi, tu n’auras pas droit au chapitre.

— Je sais.

Des cheveux bruns se font la malle du chignon noué au bas de sa nuque, ils volent autour de son visage au teint diaphane. En jetant un regard sur sa joue baignée de lumière, je remarque encore que le grain de sa peau est d’une perfection étonnante.

OK. On arrête les frais, Van Allen.

Je tire une dernière fois sur ma cigarette, m’en débarrasse dans l’océan et me redresse.

— Briefing à quatorze heures, sur le pont principal. Vous y assisterez avec Rios, pour comprendre de quelle manière nous vivons sur le Percival.

Snow est bouche bée. Après la déconvenue du matin, elle ne sait pas encore par quel versant de l’iceberg elle va commencer l’ascension. Le mieux serait qu’elle reste à ses pieds, mais ça n’arrivera pas ; je l’ai compris à la seconde où nos regards se sont croisés.

Je frotte ma joue rasée de près quand je parviens à l’intérieur du navire. Elle est moite et collante ; l’océan a marqué son territoire, avant le ciel que je retrouverai avec soulagement dans une heure.

Mes emmerdes à terre sont loin mais l’aventure ne semble soudain pas si sereine.

Trois mois, non loin de cette créature aussi délicieuse qu’insupportable… Ça s’annonce dangereux, et tellement inattendu, putain.

1 CF Prequel « ICE CHRONICLES »

©Battista Tarantini, mai 2017.

On ne s’arrête pas en si bon chemin ! La suite, par ici :  ICE CHRONICLES – Chapitre 3 

3 réflexions au sujet de « ICE CHRONICLES – Chapitre 2 »

  1. Ice est un peu le gamin du bac à sable qui tire les couettes de la fille dont il est amoureux. Sauf que cette fois il tombe sur une personne qui sait lui répondre et le faire sortir de sa zone de confort. 🙂 Comme toujours j’adore ce petit tour dans sa tête. Gros Bisous :*

  2. Au fond il n’est pas si froid comme je le pensais en lisant cette scène dans Above All 🙂 en fait il juste déjà complètement accroc à elle et il devient un petit garçon qui ne sait pas comment faire donc du coup il est méchant 🙂 j’adore j’adore j’adore 🙂 Merci ^^

  3. Pfiouuuuu Ice ds toute sa splendeur « Ice Ice Baby  » j’en veux encore Qd tu lis Ice une fois tu ne peux plus t en passer. IL EST UNE SACRÉE DROGUE… IL NOUS RENDS ACCRO ainsi que ta plume… j’espère que les chroniques de Ice sortiront aussi en livre car j’adore entrer dans tête des hommes Qd je lis…. Vivement le chapitre 3…. Et mille mercis mouahhh ma belle xoxo

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