Et si on décollait ? Un avant-goût de ce qui vous attend en février…

J-2, avant Noël.  Je vous livre un long extrait du tome 3 d’Above All, pour vous faire patienter jusqu’en février ! J’espère en avoir donné assez, sans trop vous frustrer… Je vois déjà les gourmandes protester, au fond !

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L’hélicoptère est sur le tarmac et n’attend plus que vous pour… Décoller ! C’est parti ?

 

《 L’Atoll de Wake Island ne bénéficiant pas des infrastructures capables d’accueillir un énorme porte-avions dans sa rade, ni même dans sa très proche proximité, nous serions acheminés sur place par hélicoptère. Un Super Stallion attendait déjà les chanceux qui s’ébroueraient dans les eaux translucides du grand lagon. Nous fûmes une quarantaine à nous présenter sur le pont d’envol, à midi. Le soleil était haut dans le ciel et éblouissait les hommes qui conversaient bruyamment sur la plate-forme. Cheveux au vent, lunettes d’aviateur vissées sur son nez droit, Andreas Van Allen assistait un autre gradé dans l’opération de pointage. Les militaires embarquaient les uns après les autres au pas de course. Lorsque ce fut mon tour, mon supérieur se comporta avec détachement, jusqu’au moment où il se permit de me souhaiter un bon après-midi. Je n’eus pas le plaisir de me perdre dans ses yeux clairs cachés par les verres fumés de ses lunettes, mais son sourire en coin canaille me réchauffa le cœur. Je n’aurais pas dû admirer, devant tant de témoins, les traits de son visage émacié adoucis par le rose de ses pommettes. En vain…

Je pris place contre un hublot, au fond de l’appareil. D’autres hommes s’installèrent devant et derrière moi. Kenneth Pierce grimpa à son tour, et s’empressa de me rejoindre.

— Jeune homme, laissez-moi donc profiter de la compagnie du lieutenant Snow, l’apostropha quelqu’un.

Pierce, d’abord surpris, puis vexé, se poussa pour laisser avancer un Thaddeus Nishimura à l’air extatique.

—  Vous auriez parlé de la même façon si j’avais été un homme ? l’agressai-je lorsqu’il prit place à mes côtés.

— Je ne me serais pas autant intéressé à vous si vous aviez été un homme, rétorqua-t-il en s’attachant.

Kenny n’avait pas renoncé à voyager avec moi et s’était installé à côté de Nishimura. Ce dernier le toisa d’un regard condescendant comme il ajustait les sangles de son harnais.

On ferma l’habitacle de l’appareil et nous nous préparâmes au décollage. Andreas ne serait pas du premier voyage, avais-je constaté avec déception.

— Il arrivera avec les derniers, me glissa Nishimura avant de se caler au fond du siège, les bras croisés sur son torse.

Je contemplai l’océan au loin. Le ciel n’avait jamais été aussi bleu, les flots aussi calmes. Nous laisserions libres courts à nos sentiments en profitant de la clémence des éléments, et sur fond de carte postale. Qu’aurais-je pu demander de mieux ?

Les moteurs ronronnèrent, puis vrombirent, et nous nous envolâmes dans un vacarme assourdissant. Le Percival disparut en moins de trente secondes de notre champ de vision et nous ne tardâmes pas à voir apparaître les terres de la toute petite île, quelques minutes plus tard.

Je distinguai d’abord les deux rubans d’une piste d’envol. Ils recouvraient la largeur du bras de terre, et se rejoignaient perpendiculairement. Deux longs bâtiments jouxtaient ces installations. L’un me sembla être un vestige de la base originel, car l’architecture de l’autre était résolument plus moderne. Quatre hommes nous attendaient sur le tarmac et s’approchèrent lorsque nous touchâmes le sol.

Les hommes concernés professionnellement par ce déplacement, sortirent les premiers et se présentèrent aux militaires qui les attendaient. Kenneth Pierce en était. Il m’adressa un signe de la main, avant de rejoindre les autres sans entrain. Je me retrouvai seule, au côté d’un Nishimura pensif.

— Lundi, dit-il en gardant ses yeux vert d’eau fixés sur la stèle que nous apercevions à l’entrée du premier bâtiment.  Un lundi, comme aujourd’hui.

Je hochai la tête sans comprendre.

— Et alors ?

— Les japonais ont déferlé sur Pearl Harbor le dimanche, puis s’en sont pris à ces terres le lendemain. Quatre ans plus tard, les américains leur ont repris Wake Island. C’était un mardi, cette fois.

Il se tourna brusquement vers moi.

— Dites-moi, Snow, je vous ennuie ?

Je me débarrassai des sangles qui me retenaient encore prisonnière en soupirant.

— Je n’ai pas envie de me disputer avec vous.

Pas après que la journée eut si bien commencé.

Mais Thaddeus se montra insistant. Il agrippa mon bras pour me retenir.

— Attendez…

— Pourquoi ?

— Ils vont se poser des questions s’ils vous voient errer dans la zone, seule.

— Qu’est-ce que vous suggérez ?  demandai-je, méfiante.

— Venez marcher avec moi, et discutons. Ensuite, vous y irez faire ce que vous voudrez avec votre supérieur.

— Ce que vous voudrez…  relevai-je avec agacement.

— Peu importe. Allez !

Il se leva le premier et avança vers la porte ouverte. Puis il bondit souplement sur le tarmac et me tendit son bras pour m’inviter à l’imiter. J’obtempérai mais refusai son aide pour descendre. Cela le fit sourire, comme le jour où nous nous étions rencontrés et que je m’étais comportée de la même manière avec Andreas.

— Où allons-nous ?

— À Kealoha. C’est bien là qu’il vous rejoindra ?

— Comment le savez-vous ? fulminai-je en calant mes pas sur les siens comme nous nous éloignions des bâtiments pour avancer sur un chemin de terre.

— Il paraît que vous ne savez pas vous repérer. Pour une météorologue, c’est un comble, pour un pilote, c’est encore pire.

— Je vous ai posé une question !

— Vous pourriez dire merci, je suis en train de vous rendre service, continua-t-il en m’ignorant royalement.

Je m’arrêtai net, déjà sur le point de me mettre en colère.

— Stop !

Il se retourna, amusé.

— C’est le moment de montrer que vous savez vous contrôler, Lieutenant.

J’inspirai lentement, puis expirai.

— Voilà. Et ça ne change pas grand-chose. Laissez-moi tranquille, maintenant.

— Non, asséna-t-il calmement.

— Non ?

— Non. Je vais rendre visite à mon père, et c’est le seul chemin qui mène jusqu’à lui.

Son père ? L’homme dont m’avait parlé Andreas ?

— Venez, Snow, dit-il en poursuivant son avancée dans les herbes qui devenaient de plus en plus hautes.

Le chemin longeait la plage étroite qui s’étendait sur plusieurs kilomètres, le long des eaux turquoise. Nous  marchâmes une dizaine de minutes. Je portais un treillis kaki et un tee-shirt blanc à manches courtes. Ils devinrent rapidement gênants au fil de notre progression, tant le soleil, agressif, aveuglant, nous attaquait de plein fouet. Ce fut pire lorsque nous arrivâmes au lagon. Heureusement, la végétation se fit dense et sauvage, et c’est un bois que nous longions à présent. Ses grands arbres nous abritèrent des rayons lumineux.

Nishimura s’arrêta en face d’une trouée dans le vert luxuriant. Un autre chemin serpentait quelques mètres sous l’ombre des feuillages des arbres Banyan, au bout duquel s’élevait une grille en fer forgée, surmontée d’une croix.

— Mon père était shintoïste. Il n’aurait pas apprécié être enterré, encore moins comme un chrétien.

— Ils ont réuni  les morts tombés dans les deux camps ? demandai-je, surprise.

— Bien sûr que non ! Mais ma mère était ingénieuse.

Je le regardai avec curiosité.

— Je vous vois venir, Lex, rit-il.

— J’ai une heure à tuer.

— Je ne suis pas un bon conteur.

Dommage. J’étais certaine que son histoire m’aurait tenue en haleine.

— En revanche, je préfère répondre à la question que vous m’aviez posée tout à l’heure.

— Une réponse pour une autre… Je comprends  d’où Andreas tient ça !

Il sourit pour lui-même.

— Nous avons exploré certaines zones du Pacifique. Il avait besoin de se défouler et d’ouvrir les yeux.

— Il l’a évoqué un jour. Il a dit que ça l’avait sauvé après l’accident.

— Nous en sommes persuadés, son père et moi. Je lui ai ouvert une porte vers le ciel, puis réconcilié avec ce qui m’a permis de grandir moi aussi, à une autre époque.

— L’armée, devinai-je.

Il acquiesça.

— Vous avez dit réconcilié, c’est à cause de son père ?

— En partie. Il en voulait à la terre entière lorsque je l’ai rencontré. Son père y compris.

— Vous ne pensez pas que c’est parce que vous avez pris une place importante dans sa vie qu’il n’a plus eu envie de faire des efforts ?

— Vous êtes une fouteuse de merde, Snow !

— Mais non !

— Oh, si ! Écoutez, Andreas et moi savons à quoi nous en tenir, c’est tout ce qui importe.

— Il vous a dit qu’il avait pris une décision ? La décision.

Thaddeus parut surpris.

— C’est bien, finit-il par dire sans conviction.

Je détestai sa réponse.

— Mais ?

— Mais je continue à penser que ce que vous avez fait n’était pas des plus sages. Même si je peux le comprendre.

Il ne me laissa pas le temps de le questionner, et posa une main sur mon épaule.

— Marchez encore vingt minutes le long de la plage. Vous arriverez à hauteur d’une petite clairière. Je ne vous en dis pas plus, il faut que vous découvriez ça vous même. Et ne vous en faites pas, vous ne risquez pas de la louper ! termina-t-il en s’éloignant vers l’intérieur des terres.

— Merci. Thaddeus.

Il se retourna une dernière fois, hésita à répondre, puis y renonça en secouant la tête. Il reprit sa route d’un pas déterminé.

J’étais seule au cœur de cette nature paradisiaque. Il faisait toujours très chaud et l’eau fraîche et transparente qui affleurait sur le sable me tentait depuis un bon quart d’heure. Je me mis aussitôt en route pour rejoindre l’endroit où nous nous retrouverions, Andreas et moi. Je passai à côté des ruines d’un bâtiment en béton gris. Petit, carré, sans fenêtre ni ouverture, il devait s’agir d’une réserve d’armes de secours, plus ou moins dissimulée aux yeux de l’ennemi.

Je marchai encore, cinq, puis dix minutes de plus, en songeant aux mots qu’Andreas avait prononcés un peu plus tôt. Je m’en drapai pour avoir plus chaud encore.

Enfin, ce fut la fin de l’expédition. Thaddeus avait eu raison. Il aurait été impossible que je passe à côté d’un spectacle pareil. L’endroit se trouvait loin des zones d’activité, perdu au cœur de la végétation luxuriante. Je connaissais Diamond Beach et l’anse de Kapua. Il fallait désormais compter sur Kealoha Bay.

Le soleil dardait ses rayons sur le filet d’eau étincelant qui se faufilait à l’intérieur des terres. Il rejoignait un bassin circulaire aux eaux aussi cristallines que celles du lagon. Les parasols formés par le feuillage des gigantesques noyers qui l’entouraient offraient des coins d’ombre salvateurs. La nature se faisait tour à tour émeraude, jade ou olive. Les énormes cailloux qui entouraient l’eau scintillaient sous l’éclat de la lumière. Il faisait presque frais sous la canopée. Mais pas assez pour me dissuader de me débarrasser de mon pantalon de treillis. Je m’exécutai,  hypnotisée par la violente beauté des lieux, puis par son étrange quiétude. Après s’être livré, hier et ce matin, Andreas me conduisait dans cet Eden. Je ne doutais plus de nous lorsque je m’allongeai sur le sable de la plage, en sous-vêtements, et m’abandonnai à la morsure du soleil.

 

— Salut Snow White

Andreas se tenait au-dessus de moi, les mains posées de chaque côté de ma tête. Toujours aussi beau et fringant que lorsque je l’avais croisé sur le pont d’envol.

À quel moment m’étais-je assoupie ?

J’étais ravie mais ronchonnai quand même, pour la forme.

— Ne t’y mets pas, toi aussi…

Je m’étirai paresseusement pendant qu’il semblait captivé par quelques parcelles de mon corps dévêtu.

— Je vois que tu ne m’as pas attendu pour te mettre à l’aise.

— Il faisait si chaud…

Il fronça les sourcils.

— C’était avant ou après le départ de Thaddeus ?

Je lui adressai un clin d’œil, puis entourai sa nuque de mes deux bras pour rapprocher son visage.

— Alors ? insista-t-il.

— Tu lui demanderas toi-même… chuchotai-je en capturant ses lèvres.

Il ne protesta pas et se laissa envoûter par la magie de nos corps qui se retrouvaient.

— C’est magnifique… Merci… m’essoufflai-je déjà.

— Je n’y suis pour rien, Snow. Tu adresseras tes remerciements au Très Haut.

Andreas Van Allen croyait-il donc en Dieu ?

J’agrippai le bas de son tee-shirt noir et le remontai sur ses abdominaux.

— Tu es trop habillé.

Il le fit suivre sur son torse avant de le passer par-dessus sa tête. Je posai mes deux mains sur ses avant-bras nus, dont la peau hâlé brillait au soleil.

— Et ensuite ? lançai-je d’une voix suave.

Il sourit une dernière fois, avant de saisir mes poignets toujours enroulés autour de son cou pour se dégager. Puis il se mit debout d’un bond, et tira sur la boucle de sa ceinture en dardant sur moi un regard de braise. Je fus aux premières loges de la suite du spectacle : je me délectai du lancer de ses chaussures, et chaussettes, sur le sable, puis de la chute de son treillis sur ses chevilles. Enfin, j’ouvris des yeux gourmands lorsque son boxer noir rejoignit le reste de ses vêtements.

Les mains calées sur les hanches, Andreas leva haut le menton, pour me mettre au défi d’en faire autant. L’appel de la belle clairière fut cependant assez fort pour qu’il m’abandonne, court, et plonge tête la première dans le bassin vert émeraude. Son visage et ses cheveux dégoulinèrent d’eau quelques secondes plus tard, je fondis devant l’homme radieux qui me contemplait avec adoration. Je me levai, sereine, et avançai à pas lent. Mes doigts détachèrent les crochets dans mon dos, puis glissèrent sous les coutures à hauteur de mes hanches. Je courus à mon tour vers l’eau translucide, dans les bras de celui que j’avais toujours attendu, en marche vers mon avenir. 》

Above All – Tome 3 : Décoller, à paraître le 25 février 2016.
Battista Tarantini – Angels Editions, tous droits réservés.

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Nous n’avons pas fini de tomber amoureuses, les Amazones… Trois hommes de papier trépignent d’impatience ! Les nuits seront courtes, ma joie de vous les présenter immense ! Ah, 2016…

MERCI, pour tout ! Passez de bonnes fêtes de fin d’année. Prenez soin des vôtres, et de vous, aussi ! Je vous embrasse fort.

 

8 réflexions au sujet de « Et si on décollait ? Un avant-goût de ce qui vous attend en février… »

  1. pour décoller, cet extrait fait décoller. C’est encore et toujours autant magique de te lire, Hâte de lire la suite car comme tu t’en doute l’envie de dévorer ce nouveau tome est encore plus présente suite à cet extrait 😉 j’évite de ronchonner en disant que c’est pas assez (même si c’est tentant me crie la gourmande en moi ^^) parce là c’est déjà un très beau cadeau que tu nous a fait 😀 . Joyeuses Fêtes à toi aussi et 2016 va être chaud bouillant avec les 3 hommes de papier que tu nous réserve :p .

  2. Excellent et merci de nous en faire profiter. Vu que tu nous laisses deux mois pour imaginer la suite, je pencherais pour un truc comme :

    « Je courus à mon tour vers l’eau translucide, dans les bras de celui que j’avais toujours attendu, en marche vers mon avenir. »
    Et là, le drame. Je me prends les pieds dans le sable et …

    Je suis proche de ton récit ?

    Bon courage pour le réveillon de demain.

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