Ode à mes amazones

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Les auteures de romance évoquent plus facilement leurs sources d’inspiration masculine que féminine. C’est un fait, et sûrement pas une hérésie. Je suis la première à me joindre aux discussions qui révèlent sous un autre jour ces héros croisés, et adulés, au détour des pages d’un bouquin. Les miens sont des pilotes, j’ai connu récemment des pompiers (des vrais en plus !), des aventuriers, de jeunes loups qui se prétendaient lycéens.

Et les nanas donc ? Je clame haut et fort que mes personnages sont des amazones pleines de répartie. En plongeant dans ma mémoire, je me suis rendue compte que ça ne datait pas d’hier. Ceci expliquerait donc cela…
Quand j’ai su lire, ma première amazone se nommait Fantômette. Du haut de mes cinq ans – croyez-le ou non – je voyais déjà tout le potentiel amoureux de sa relation avec le journaliste Œil-de-Lynx. Évidemment, il n’était pas question de cela ! Mais enfin, voilà… Ma fascination pour les héroïnes à fort caractère était née. Pour les histoires d’amour, impossibles à première vue, aussi.
Le temps a passé. J’ai lu en espérant trouver de nouvelles muses. Un jour, j’ai rencontré Aria. Qui ? Aria, cette blonde sculpturale à forte poitrine, qui déambule en nuisette sur des champs de bataille vaguement moyenâgeux. En vrai, je n’avais pas encore l’âge de lire ce genre de bande dessinée. J’ai savouré la transgression, en plus du contenu – très soft en réalité. Aria enquête, sauve des gens, et se bat pour empêcher des types – libidineux armés jusqu’aux dents – de la violer. Le tout en exhibant, l’air de rien, un sein, ou le galbe d’une cuisse. J’ai donc adoré Aria ! En passant, je suis preneuse de son secret de beauté : réussir à garder la ligne en participant à des banquets pantagruéliques et en descendant des outres de vin rouge à longueur de pages, ça m’épate !
Plus tard, je me suis assagie. Mes héroïnes ont été Lara Croft (encore une avec de gros arguments, ce n’est pas pour rien, et maintenant vous savez tout…), et Yoko Tsuno. Une archéologue sexy et une physicienne asiatique ! Si j’avais pu être les quatre à la fois…
Je pourrais parler d’autres amazones encore. Celles de papier, et de beaux papiers en l’occurrence, mais elles n’ont pas laissé la même empreinte sensorielle dans mon esprit, et ne sont donc pas restées éternelles dans mon cœur de romancière. Il faut croire que c’est avec mon œil que j’écris. C’est ce qu’on m’a souvent dit, d’ailleurs.

J’ai aimé – j’ose même dire fantasmer, sans que cela ne soit connoté sexuellement – des héroïnes issues de la culture populaire, et j’écris aujourd’hui de la romance, qu’on considère comme un sous-genre. J’entends par là décrié par les médias dits de bon aloi. En témoignent les différents articles, mi moqueurs mi gênés, parus cette semaine à propos de la sortie d’une série de nouvelles romantiques et/ou érotiques se déroulant dans le milieu sportif du rugby… Nous avons encore du boulot pour changer la donne, mais à cœur vaillant rien d’impossible… [Ceci étant une énième digression, je me recentre sur le sujet et termine mon billet avant de lancer un débat sur la notion de genre en littérature, et la légitimité d’y plaquer une échelle de valeur (de 1 à 10 !)]
Pour résumer, mon imaginaire de futur auteure de romance (un peu érotique…) s’est donc nourri de ruse, de malice, de répartie, d’intelligence, et de gros arguments. Me manquait un autre essentiel. J’y ai remédié en prenant la plume pour leur fabriquer des fiancés, des gueules d’amour à leur mesure. Et là, c’est le drame. Je n’ai peut-être rien compris. Ou j’ai été dévorée par mes (bas-)instincts !  Lara et consœurs n’ont jamais eu besoin des hommes, dans leurs mondes. Moi si. Très tôt, et en grosse quantité. L’euphorie des débuts…

Je ne suis pas féministe, je n’aspire pas à le devenir. En revanche, j’ai toujours rêvé d’être une reine. Cléopâtre, Khaleesi, ce genre de délire. J’ai construit mon royaume à base de porte-avions et de manoirs anglais, de sunset californien, de Corcovado. Récemment, de French Rivieira aussi 😉
Aujourd’hui, Alexi Snow, Celeste St. Clair, et une dernière – très française, celle-là, une première dans ma production ! – incarnent les Fantômette de ma vie d’adulte. L’équilibre mental en moins, le sexe en plus. Elles deviennent de plus en plus torturées au fil des années, de moins en moins sublimées par mes yeux et mon cœur d’ex-adolescente.
Ma plume a grandi en même temps que moi. C’est d’une logique implacable bien sûr, il n’empêche que c’est vrai. J’en ai conclu une chose : il se peut que je devienne une auteure respectable lorsqu’Anna Karenine ou Sayuri seront mes icônes, et que je sévisse même dans des catégories littéraires dignes de ce nom.

Ah, vous y aviez cru ? 😉

Lara, Aria, Fantômette, Yoko, Alexi, Celeste, Grace, et toutes celles à venir, je suis à vos pieds et à votre service. Vers l’infini et au-delà, comme dirait l’autre. Et dans les bas-fonds de la littérature, ad vitam aeternam.

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